Nous sortons d'une chambre hyper-confortable de cet hôtel 4 étoiles du centre de Palencia, nous sortons de la ville histoire de prendre un café dans un lieu plus à notre main...

Ce sera Magaz bled paumé de l'Espagne profonde. Franchissant la porte, je balance un pauvre "hola" fier de massacrer ce salut alors que je ne connais pas plus de dix sept mots... les deux vieux qui terminent une énième "cerveza de barril" n'ont pas besoin de se retourner pour s'apercevoir qu'on est pas vraiment du coin, nous nous installons plus discrétement au comptoir.

Elle est là face à nous, ne nous a pas regardés elle n'a même pas levé le nez elle va porter à la table derrière nous pour cette petite fille et sa maman de ces "churros con chocolate" qu'ils affectionnent tant et puis elle retourne tirer deux bières pour les deux vieux, nous on est là depuis quelques petites minutes on attend, transparents, et du haut de notre statut de touriste français avec quelques billets dans les poches on serait presque tentés de redescendre de nos tabourets de bar de quitter ce lieu sans intérêt, de claquer la porte de la C5 dans un "t'as vu l'accueil lamentable de ces Espagnols, non mais t'as vu" on serait presque tentés... nous regardons autour de nous et puis elle nous demande ce que l'on veut et part derrière préparer nos petits déjeuners... ce sont deux mecs qui entrent, des trentenaires ils lui commandent de loin un alcool fort et vont jouer au jeu électronique, assez bruyamment, à l'extrémité du comptoir, au dessus il y a un écran télé qui diffuse sans le son une série américaine que personne ne regarde, derrière le comptoir un peu sale il y a des dizaines et des dizaines de bouteilles entamées, un distributeur de fruits secs et un tas de sachets de bonbons, un grand miroir avec des cartes postales mal collées envoyées depuis des lieux dans le monde quelle ne connaîtra peut être jamais. Elle vide la machine à laver les verres passe un coup de balai, elle a un visage sans âge, porte au poignet un bandage pour soutenir une articulation trop fragile à force de répéter les mêmes mouvements, elle ne prète plus aucune attention aux conversations trop souvent entendues, trop souvent subies, aux rires gras  de sa clientèle, elle est là.

Elle assume, elle essuie les verres et puis elle ira probablement curer les chiottes, elle servira des litres et des litres d'alcool tout au long de sa longue journée... nous reprenons la route, nous vivons une vie de vacances d'un luxe frisant l'indécence, Maria trime.