Banalités.

 

J'ai une vie très intéressante, il m'arrive toujours quelque chose.

Cette nuit par exemple, j'entends un bruit, je dis : "Tiens ! Le chat doit être sous le lit". Je me lève, je regarde sous le lit, qu'est-ce que je trouve ? Le chat ! C'est intéressant...

Plus fort encore : tous les ans au mois de juin j'ai le rhume des foins. C'est année je l'ai maintenant, ça change.

Il y en a qui tous les matins se lèvent à la même heure, moi un jour c'est huit heures moins le quart, le lendemain c'est huit heures moins dix, y'a pas de règle.

Vendredi, au lieu d'un hareng je me ferais un merlan. Jamais la même chose !

J'ai fait la connaissance d'une femme, je lui ai dit : "Venez passer la soirée chez moi", elle me répond non. Encore un souvenir.

Quand je fais la connaissance de quelqu'un, je dis : "Enchanté, monsieur" si c'est un homme, et "Enchanté, madame" si c'est une femme. Et j'ajoute : "D'où êtes vous ?"  Vous allez comprendre pouquoi. Je fais votre connaissance, vous êtes un homme, "Enchanté monsieur, d'où êtes vous ?" - Je suis du Mans. Je dis : Ah oui, les rillettes !!

Vous êtes content, je connais votre pays : moi je suis content, j'ai l'occasion de montrer ma culture. "Enchanté, madame, d'où êtes-vous ?" Elle me répond : Je suis de Roncevaux. Ça évoque Roland et son cor.

Alors je lui ai parlé du mien. Ça tombait bien parce que c'est un sujet qui n'intéresse personne.

A la maison, ils ont poussé la cruauté jusqu'à le boucher à cause des voisins.

Je n'ai pas un cor extraordinaire, mais je l'entretiens bien, je le frotte. Je l'astique avec une peau de chamois. Et un cor bien entretenu, on peut s'en servir tout une vie.

Je ne m'ennuie jamais avec mon cor quand je suis triste. Quand je suis seul, je trempe mon cor dans l'eau. Et chacun sait que tout cor plongé dans un liquide reçoit une poussée verticale égale au poids du liquide déplacé, alors je regarde flotter mon cor.

 

 

* Extrait de "Je suis le badaud de moi-même" recueil de textes et mots de monsieur jean Carmet paru chez Plon en 1999.