- Sous-titre : Totalement jaloux du Macaron...

Bon, alors que je te le dise immédiatement, ma Mémé rien qu'à moi ce n'est qu'un titre accorcheur en fait j'ai été et jusqu'à l'âge de mes vingt ans affublé d'une sacrée garce de grand-mère ! (c'est totalement faux : garce peut être compris comme une relative qualité chez une femme, Augustine n'a jamais dû faire partie de cette sorte de femme...)

Ma Maman était la dixième enfant d'une famille soudée et aimante, mais c'était le dix-neuf ème siècle dans la ferme familiale, jamais connu mes grands-parents maternels qui se sont tués à la tâche.

Mon Papa était le deuxième et dernier enfant d'un couple relativement aisé et totalement citadin, le grand-père est décédé des suites de la grande guerre, je ne sauterai pas sur les genoux d'un papi... mais j'ai été équipé de la maman de mon papa !!

Augustine était une très belle femme raide autoritaire sans jamais un sourire il était absolument interdit de la prendre en photographie. Constamment habillée de noir ma grand-mère que je devais appeler Marraine... habitait une  belle maison  austère située juste en face de notre petite maison à nous. Le dimanche c'était réglé comme les impôts c'était la messe : elle sonnait à la maison et nous sortions en habits du dimanche on montait à pied la rue saint-Sauveur (boujour le message...) jusqu'à l'église mon père ne venait jamais il n'était pas communiste mais ne pouvait pas souffrir les églises autrement que par la magnificence des édifices. Ensuite : on montait toujours religieusement l'allée du  jardin bordée de poiriers qu'il ne fallait surtout pas toucher jusqu'au perron de la demeure de la vieille, les parents prennaient l'apéritif oh pas le choix divin c'était un affreux vin doux appelé Vabé, je crois... un truc pas cher, puis ensuite une tranche de pâté de foie de porc, le poulet rôti et les pommes sautées (autant que ma mémoire se souvienne c'était délicieux...) une salade verte et une crème Mont-Blanc.

Et zou on embarquait dans la 2 cv du pater direction une balade dans les quelques kilométres aux alentours... là, j'aimais ça on chantait à tue tête et la Marraine faisait une gueule !! ne sortait pas un son et j'en rajoutais dans la gueulante et j'en rajoutais, elle me donnait des coups de genoux, la vieille garce !!

Augustine portait les cheveux en chignon... j'ai un souvenir terrible je devais avoir six ou huit ans un matin je monte chez l'ancienne elle m'appelle "monte, monte... viens je suis dans la salle de bains..." et là pétrifié je la vois avec les cheveux longs tombant sur les épaules !! j'ai eu peur et suis reparti chez moi en courant... cette grande femme au teint très pâle avec des cheveux longs qui pendaient sur des épaules maigres... une sorcière !!

Parfois elle me demandait de courir jusqu'à la petite épicerie du quartier acheter du sucre, du lait... jamais de choses importantes pas question de me confier un billet... elle m'envelopait l'appoint dans un petit rouleau de papier au centime près, dès fois que je m'achète un bonbon... 

Récupérait tout l'aînée... les capsules en aluminium, les bouteilles en verre, les peaux de lapins, les sacs (oui, on était en Normandie un sac c'est un sac ce n'est pas une poche !) les sacs en papier, les morceaux de tissus, les bouts de ficelle, les vieux lacets elle revendait tout ça... pas question de jeter quoi que ce soit.

Je ne me souviens pas avoir constaté un élan de tendresse pour son fils qui avait lui, le comportement absolument opposé et qui respectait beaucoup sa mère... un mystère pour moi, et en écrivant ces mots je me rends compte que je ne lui ai jamais posé la question de son rapport avec ses parents... trop tard.

On avait le droit à la bise à l'arrivée, une autre au départ.

Lorsqu'Augustine est décédée ça ne m'a fait ni chaud ni froid, aucune émotion rien.